Texte écrit par Eve de Medeiros, fondatrice et directrice du salon DDESSINPARIS, 2017.

Popy-Loly de Monteysson

L’œuvre de Popy-Loly de Monteysson exposée sur le salon est une installation murale composée de 115 dessins réalisés au stylo bille bleu et intitulée Portraits d’identités. Réalisée sur une année, elle se compose d’un alignement de 23 dessins sur 350 cm de largeur et de 5 dessins sur un alignement de 110 cm de hauteur.

Le souvenir de ses dessins d’enfance pour tout premier bagage artistique, l’expérience de la sculpture étudiée aux Arts Décoratifs de Paris, et une curiosité insatiable pour l’apprentissage de nouveaux matériaux tels le papier journal, le fil de fer ou encore le polystyrène, ont fécondé une œuvre polysémique que Popy-Loly de Monteysson n’a jamais cessé de performer.

Elle a fait la rencontre de celui qui est devenu son nouvel allié et compagnon de route, le stylo bille bleu. Elle a alors envisagé le dessin comme un retour. Un retour à l’essentiel, à ce qui peut être dit en peu de mots, exprimé en peu de traits. Au rythme de ses propres métamorphoses psychiques et poétiques, son œuvre graphique s’est construite en écho aux mouvements du monde et aux vibrations du temps. Sensible au chaos des événements qui chaque jour donnent lieu à la représentation du spectacle de notre actualité, l’artiste réhabilite la petite histoire, celle qui s’écrit en négatif de la grande Histoire de l’humanité, celle dont les personnages sont parfois effacés, oubliés, anonymes.

C’est lors de ses flâneries aux abords des achalandages de bouquinistes et d’autres marchands d’images qu’elle se livre à l’un de ses jeux d’artiste favoris, la cueillette de souvenirs. Cette démarche est à la source du projet Traces d’identités remarquables, lié à ces lieux nomades débordant de contes et de vieux grimoires où son œil vif et contemplatif surprend d’anciennes photographies qui reposaient peut-être jadis, entre les moulures de leur cadre doré, sur les marbres des cheminées.

Ces images sont devenues les traces résiduelles d’une mémoire de famille. En les apprivoisant, l’artiste recompose une photothèque intime, sans cesse enrichie par la découverte de nouveaux trésors d’antiquaires, d’images découpées dans de vieux journaux ou encore excavées des plus récents abysses numériques.

À ces portraits (re)trouvés, qu’elle traduit en dessin, viennent s’ajouter, comme autant d’échos contemporains, les portraits d’êtres proches, aimés et bien vivants. Si la suprématie du stylo bille bleu soumet chacun d’eux au même traitement graphique, l’interstice temporel qui sépare les portraits oubliés des portraits désirés réside dans leur composition formelle. Lorsque les premiers nous regardent frontalement, les seconds sont croqués de profil, projetant leurs regards dans le hors-champ du papier.

L’attention portée à la singularité des visages fait d’elle une portraitiste à l’œil d’archéologue, enquêtant chaque parcelle de ce territoire charnel, explorant chaque zone d’ombre de la chair, sondant l’essence de chaque grain de peau. Partagé entre la posture du voyageur et celle du collectionneur, le spectateur est confronté à un mur d’identités sans frontières, où chaque portrait s’observe à travers le trou de serrure par lequel l’artiste, comme à travers un objectif photographique, a fossilisé leurs traits.

Eve de Medeiros, créatrice et fondatrice de la foire DDESSINPARIS